30 janvier 2016

Les délices de Tokyo

Sur le papier, c'est l'histoire d'un petit "shop'around the corner" japonais, où l'on vend des dorayakis: deux petits pancakes fourrés d'une confiture de haricots rouges. Le type qui tient la cahute est un peu sinistre mais appliqué : il retourne le pancake avec grâce (on se croirait chez Cyril Lignac, sans le croquant mais avec le moelleux!) mais pêche sur la pâte de haricot rouge, qu'il achète toute prête et industrialisée dans le MÉTRO local. La boutique est fréquentée par des adolescentes bavardes à la sortie du lycée et quelques fidèles dont une jeune ado beaucoup moins prolixe, à qui notre cuisinier refile ses ratés avec tendresse. 
Un jour, débarque Tokue, petite mamie édentée, aux mains déformées, à la recherche de quelques yen et parlant au ciel et aux arbres. En s'associant au cuistot, elle partage avec lui les secrets de sa pâte de haricots rouge: le basique pancake devient alors la pâtisserie que tout le monde s'arrache. Elle partage surtout avec lui sa philosophie être attentif aux détails, sentir la vapeur de la pâte lorsqu'elle confit et écouter le monde,  Mais le passé ressurgit...(je n'en dis pas plus!) 
 Sur l'écran, le résultat est assez étonnant : suave souvent, candide mais jamais ennuyeux! Je me suis laissée emporter par ce conte de Noël ( le haricot rouge remplace les Mon Chéris), bercée par une sorte de poésie japonaise au milieu des cerisiers en fleurs, sur fond de message humaniste sur la transmission du savoir et le mélange des générations. 

26 janvier 2016

Ta façon d'être au monde

Camille Anseaume, il y a deux ans, m'avait laissée tremblotante avec un petit bijou de tendresse cynique et poétique :  "un tout petit rien". 
La revoilà avec une nouvelle pépite : un livre sur l'amitié et le deuil. Une fois la première page ouverte, impossible de reposer l'ouvrage.  Autour de ses héroïnes de 26 ans, amies d'enfance, aussi complémentaires qu'opposées, gravitent Nico, Oscar, Emilie, Nora,... leur bande de copains formée entre enfance et adolescence au gré de vacances bretonnes (?), bières et guitare sur la plage. Ceux-là sont soudés, à jamais.
Je ne veux pas trop dévoiler l'intrigue du roman mais tout y est juste et habile y compris sa construction, étonnante. Les pronoms personnels se mêlent:  "tu" devient "elle"..."la petite fille" devient "je". "Elle" devient "nous" aussi, lecteurs. 
Je suis admirative par tant de talent littéraire, un peu envieuse aussi. Camille Anseaume manie le zeugma (cher aux jurys du masque et la plume), parvient à nous faire rire de sujets graves, nous fait pleurer (page 170, je séchais discrètement mes yeux!) et plus de 10 fois j'ai eu envie de relire pour mieux m'imprégner de si jolies phrases.
Chapeau Madame! 
#zeugma 

22 janvier 2016

Et ta soeur

Allez savoir pourquoi, alors que les critiques sont plutôt sévères, j'ai éprouvé une certaine tendresse et un relatif plaisir à regarder ce film de Marion Vernoux (dont j'avais aimé les beaux jours, il y a quelques années). Sans doute parce qu'il y est question de couple, de sœurs, qu'il y pleut pas mal, que c'est en bord d'Atlantique, qu'il y a des ballades à vélo et Géraldine Nakash et Virginie Efira que je trouve pleines de peps et accessoirement bonnes comédiennes Ce tout petit film (remake d'un film américain que je regrette vivement de ne pas avoir vu d'ailleurs) est l'histoire d'un trio: Pierrick, Tessa et sa demi-sœur Marie (meilleure amie de Pierrick) . Ils se retrouvent l'instant d'un week-end dans une vieille baraque de bord de mer. Chacun porte un peu sa croix, un deuil, une séparation, une vie amoureuse pathétique...La première moitié du film se focalise sur le rapprochement alcoolisé de Tessa, quarantenaire décomplexée, adorant la vodka et Pierrick, ours mal léché, laissant le spectateur dubitatif devant ce "duo" improbable. Arrive Marie et la situation se complique : le week-end devenant l'occasion pour les deux sœurs de se "parler", de reconnecter, quitte à, il est vrai, oublier un peu le pauvre Pierrick, juste bon à faire la purée et ouvrir les bouteille de vin! Alors oui, le film manque de densité et d'un peu de réalisme (cf. scène de la poubelle), ne s'épargne pas quelques clichés sur les homos, le deuil, le désir d'enfant) mais l'ensemble est relativement attendrissant!

11 janvier 2016

Joy

Voir un film en version originale dans ma ville relève du miracle ou du RTT, pourtant j'ai réussi à voir Joy en VOST.
Joy c'est l'histoire de l’avènement du balai serpillière, mais si, le balai avec les fils de coton qu'on essore d'un tour de mains ! Trève de plaisanteire, Joy, c'est surtout l'histoire d'une success-story, celle d'une américaine élevée par une mère maniaco-dépressive, un père perché, flanquée d'une maîtresse/femme d'affaire gentiment hystérique, qui a su croire en ses rêves (ou du moins en ceux de sa tendre grand mère).
Joy c'est aussi un casting au petits oignons : Jennifer Lawrence, Robert De Niro, Bradley Cooper, Isabella Rossellini. Le charme du film repose d'ailleurs beaucoup sur leur prestation, en particulier celle de Jennifer Lawrence, parfaite en mère courage, battante, solitaire dans un milieu de requins avec pour seul arme son balai de coton. Elle nous fait rire cette famille de zinzins...mais nous attriste aussi. Car, derrière une comédie satirique, gentiment féministe se trame aussi un drame familial dans lequel se débat notre Joy.  Comme une nouvelle version de Cendrillon : "cendrillon chez le psychanalyste", elle montre qu'il n'est pas facile d'exister ou de croire en ses rêves dans une famille entre rancœurs, hystérie et désillusions... 
NB: une chose est sure: la VO apporte indéniablement de l’intérêt au film, en vous mettant dans un ambiance US' des années 90 entre soap opera et teleshopping!

La fille du patron

Il y a d'abord Vital, la quarantaine, marié, pas très heureux en ménage, chef d'atelier, athlétique et travailleur. Autour de lui, les salariés de l'usine textile en proie à quelques difficultés financières. Ces gars-la partagent une passion : le rugby (3eme mi-temps comprise). Un jour, débarque Alix, 25 ans (la très jolie Christa Theret) dont le sujet de mémoire porte sur l'ergonomie dans l’entreprise ....son cobaye est trouvé: Vital. Une étincelle naît... sauf qu'Alix est la fille du patron, que Vital est marié, père de famille et que la morale réprime ce genre d'attirance.
D'un sujet plutôt simpliste, Thomas Loustau sort un bien joli film. Du rugby, de la sueur, une entreprise textile qui coule, une très jolie histoire d'amour adultérine et deux acteurs justes : j'adhère ! Pendant 1h38, Je me suis laissée porter bien  volontiers par cette attirance réciproque, qui se fout des barrières morales, de la différence d'âge, de milieu. On se dit que oui, à la place d'Alix, on aurait sans doute craqué aussi.  Chapeau aussi à Monsieur Loustau qui a su porter un  regard subtil sur le milieu de l'usine, la solidarité des gars, leurs difficultés quotidienne et la pression permanente. 


7 janvier 2016

Mariages de saison

Vous savez sûrement que j'aime Jean-Philippe Blondel. J'aime sa plume simple et spontanée qui raconte des histoires d'hommes, d'amour (6h41), de deuils et de reconstruction (un hiver à Paris, et rester vivant), parfois  d'enseignants aussi (superbe G229). Dans cet opus "mariages de saison" :  Corentin 26 ans et son parrain Yvan forment un duo atypique. Ils sont vidéastes de mariage....(le DVD qu'on regardera 10 ans plus tard en se disant qu'on n'aurait pas dû arrêter le sport, c'est eux!). Au travers des yeux de Corentin, adulte pas tout à fait bien sûr de ses choix, nous rencontrons les couples à quelques heures du "OUI" devant l'éternel avec tout ce que cela a d'angoissant et de formel, ces conventions, les belles mères...et la magie (parfois, on l'espère!). En cela, le livre m'a fait penser à "une pièce montée" de Blandine le Callet et son prisme sur les convives d'un mariage. Il reprend aussi un thème qui lui est cher : la quête de soi, d'un avenir, et les interrogations d'un adulte en devenir. Comme dans le baby-sitter (mon tout 1er Blondel) dans lequel Alex le personnage central, étudiant en quête de lui-même, apportait une oreille bienveillante aux familles qu'il côtoyait, Corentin écoute, analyse, se nourrit des autres et doute aussi...Doutes d'un jeune homme qui sent que son avenir lui échappe: pas de copine stable, pas de projet de vie à deux, pas de passion, un boulot alimentaire (quoique?!).  Et, même si ce n'est pas le meilleur Blondel selon moi (je place bien avant " un hiver Paris" et "et rester vivant") j'ai adoré retrouver ce nouveau roman, comme un doudou rassurant. 

3 janvier 2016

L'homme idéal existe il est québécois

Offert par une amie chère, je l'ai attaqué le samedi soir. A 22h, une bonne moitié était pliée et je résistais pour en garder un peu pour le dimanche qui s’annonçait pluvieux.
Ne nous voilons pas la face, la portée littéraire est minime, le propos léger et le livre rapidement oublié, mais le plaisir présent. Le livre est plutôt bien écrit pour de la chick'lit'. Faut dire que l'auteur a un joli bagage : khâgne, un mémoire ultra compliqué, un magistère de philosophie contemporaine à l'ENS ! Rien que ça! 
Armée de plus de trois expressions, Diane Ducret, nous raconte donc le débarquement de son héroïne (elle?) au Canada, chez un bellâtre aux airs de Caribou, rencontré à Paris, par -20°, dans un pays dont elle ignore les traditions et dont elle ne comprend pas toujours les expressions.
J'ai ri, avouons-le, à gorge déployée une ou deux fois et pas forcément là où on s'y attend. L'auteur joue beaucoup  sur le registre du quiproquo avec les expressions canadiennes et c'est ce qui m'a le moins emballée voire même un peu agacée  ; en revanche, les joies du froid, la course de chien de traîneau et autre petites mésaventures de la fille qui se retrouve chez un mec renonçant à lui faire croire qu'elle est une princesse, ça, c'est assez désopilant.
Évidement, les critiques diront que c'est plein de clichés: pas faux !!  on y rencontre le basque berger, le basque rugbyman et le basque surfeur...le parisien prend cher aussi avec son lot de conn....(c'est elle même qui le dit) mais le temps d'un week-end pluvieux (comme la météo du pays basque!): c'est plutôt sympathique.

2 janvier 2016

Bonjour tristesse

Il était là, dans ma bibliothèque, il me regardait et à chaque fois, me disait : "je suis un incontournable de la littérature française et tu m'ignores " (oui, certains livres me parlent, tout va bien !) J'ai tenté, une première fois, sans dépasser la page 12; j'ai persisté (pour le coté "incontournable"), je partais donc en train avec pour seul, et unique compagnon de voyage : l'ouvrage.
J'ai lu et ... suis déçue! Ça ne m'a pas fait frissonner pour deux ronds, presque indifférée. Pourtant il s'agit d'un drame familial, vécu et "organisé" par une adolescente de 18 ans: ça devrait remuer ! J'ai eu un un mal immense à m'identifier, à m'attacher aux personnages, à ressentir une quelconque émotion, si ce n'est une forme d'agacement face à ces êtres tous assez égocentriques.
J'ai donc posé la question à mon entourage:  "ca vous a fait vibrer vous ? " Les réponses sont surprenantes, "pas tant que cela" ou "faut remetrre dans le contexte" ou "elle n'avait que 18 ans" ou "jamais réussi à le lire".
J'ai un vrai regret: c'est probablement un livre à lire à l'adolescence, en classe, débattre, analyser l’œuvre, la remettre dans son contexte, social, historique, littéraire, comme on décortique les livres au lycée. Allez, je vais m'acheter l'analyse de l’œuvre, ça pourrait aider.
Et vous , quels souvenirs, quel ressenti ?

1 janvier 2016

La vie tres privée de Monsieur SIM

Un film étrange et émouvant, sur un mal moderne: la solitude, porté par un acteur époustouflant : JP Bacri! 

Le gout des Merveilles

L'histoire, c'est celle d'une jeune veuve qui fait dans l'arbre fruitier, et élève ses deux enfants dans une jolie propriété de la Drôme. Sur le marché, elle vend des tartes et ses merveilles en essayant de survivre sans  son mari, encadré sur la table de chevet. Un jour , elle renverse Pierre, superbe mâle et ... autiste Asperger. On le voit venir : il va être question d'autisme et d'amour, mariage pas évident! Il va surtout être question de deux êtres que tout oppose : l'un perçoit tout puissance 1000, l'autre ne voit plus la beauté de ce qui l'entoure .... Le résultat est loin d'être mauvais mais peut être un peu trop sucré à mon goût et manque de ce petit truc qui vous prend les tripes! Je sais que c'est Noël et qu'on a besoin de douceur mais c'est un peu invraisemblable. Les images sont très (trop?) belles, y a de la lavande, des champs de poiriers, des marchés sudistes, des abeilles .... pour exprimer l’hyperesthésie de Pierre mais les ficelles sont un peu trop visibles.  Restent deux acteurs à saluer: Virginie Effira  totalement nature, jamais vulgaire, comme on l'aime, dénuée de fards, dans des robes fleuries, portant des paniers de merveilles quelle que soit la saison. Et surtout  Benjamin Lavernhe, de la Comédie-Française étonnant dans le rôle de Pierre, alors que l'on pourrait s’attendre à des excès, du pathos, il met sincérité et tact pour interpréter ce personnage différent.
Note pour plus tard:  se mettre à la pâtisserie:  la tarte aux poires/pêches (last days of summer)  étant visiblement encore et toujours hautement sensuelle!!