17 août 2016

Les deux pigeons


Tout d'abord, un grand merci aux éditions Gallimard et Masse critique de Babelio de m'avoir fait découvrir ce livre de la rentrée littéraire, que j'ai sincèrement adoré!

"Deux Pigeons s'aimaient d'amour tendre. 
L'un d'eux s'ennuyant au logis 
Fut assez fou pour entreprendre 
Un voyage en lointain pays…"

Tels sont les premiers vers de la fable de Lafontaine.

Qui sont donc nos deux pigeons, ici ? Elle s’appelle Dorothée, lui c’est Théodore, son anagramme, son amoureux, sa moitié. Comme les pigeons de la Fable, on les imagine roucouler, se regarder, se suffire. Il s’aiment, s’installent ensemble, bâtissent leur nid. Débarquent les premières décisions de couple :  il faut choisir ensemble le premier canapé et investir dans un nouveau sommier, ils hésitent, beaucoup... entre latex et ressorts ensachés! Succèdent les questionnements sur la bouffe bio, la poursuite d’une thèse inachevée, le mariage, le bébé. Dans ce livre cynique sur le couple ordinaire des années 2000, c'est nous que l'auteur dépeint. Ils sont nous, nous sommes eux. On s’amuse de leurs hésitations, politique, littéraires, familiales, culinaires....on s'interroge sur les nôtres aussi ! Fait-on nos propres choix ou suivons-nous des modèles ancestraux que l’on nous a enseignés ? Des études (longues...), une thèse (interminable! ), un mariage (incontournable?). L’auteur nous propose un roman réaliste, déroutant, parfois grinçant qui se lit d’une traite. La plume est à la fois gracieuse et ironique pour mieux dépeindre leurs atermoiements.

Totalement sous le charme de ce roman, je me suis empressée de lire le premier de l’auteur, (Prix Goncourt du premier roman) "un homme effacé", dans un genre totalement différent mais ultra réussi également.

Je RECOMMANDE vivement !!

Avant toi

De Jojo Moyes
Presque un peu honteuse d'avoir lu en 2 voyages en train ce roman de minette totalement addictif et dénué de toute qualité littéraire, sans pouvoir le lâcher! Ceci dit, contrairement à un certain nombre de chicklitt', la lecture est plutôt fluide et la traduction n'est pas déplorable.  L'histoire c'est la version british et homme/femme de Intouchable. Mélangez un tétraplégique beau comme un dieu, ex-trader londonien décidé à en finir et une fraiche aide soignante, ex-serveuse, qui trime pour toute sa famille et aux goûts vestimentaires douteux, assaisonnez d'un romantisme campagard, vous obtenez Avant toi.
J'ai attendu pendant 200 pages le premier effleurement, qui est arrivé page 235 quand elle lui arrache à coup de dents l'étiquette de sa chemise neuve! J'étais hystérique ...j'ai ensuite attendu d'autres coups de dents (en vain!). Faut que ce soit lisible par les 13-16 ans! Me suis donc rabattue sur les regards langoureux, émue par leur duo, j'ai tremblé à chaque sortie en fauteuil roulant et chialé à la fin : n'est-ce pas la définition du #livredevacances ? 


8 août 2016

Dix-sept ans

Elle est fille de médecin, parisienne, bourgeoise. On l'imagine ravissante, gaie, avec ses T-shirt  Agnès B et son Levis. Elle a tout pour être heureuse, des parents aimants, un "amant", la vie devant elle...Elle a dix sept ans, l'âge où l'on n'est pas sérieux,  l'age de l’insouciance et des premiers émois, l'âge où l'on découvre la peau de l'autre, la courbe d'une cheville, le goût de l'autre.
Sauf qu'à 17 ans, certains grandissent d'un coup. Brutalement.
Pendant de longues années, l'auteur taira ce secret d'un avortement qui "ne devait pas laisser de trace", pour le laisser éclater bien des années plus tard dans ce roman autobiographique aussi court que réaliste.
On y sent le poids du secret et une absence latente qui pèse; on sent aussi que Colombe Schneck est ce qu'elle est aujourd’hui car elle a traversé cet épisode, cet "événement "comme le qualifie Annie Ernaux. Point d'oubli, juste de la résillience. 

3 août 2016

Un homme effacé

Je n'aurais jamais découvert ce jeune auteur (ni son premier roman) si Babelio ne me l'avait fait découvrir avec les romans de la rentrée littéraire (attendez le 18 août...).
Dans ce roman finement construit, il est question d'emballement du système judiciaire, de culpabilité 2.0.  Le personnage principal  Damien North est professeur de philosophie, veuf, introverti. Sa vie s'écroule des les premiers chapitres: il est accusé à tort de détenir sur son ordinateur des images pédopornographiques. Pas de détails scabreux, rassurez vous, l’intérêt du livre n'est pas là (heureusement). L'idée est le récit de l'engrenage judiciaire, qui ne voit plus que par une seule fenêtre: celle de la culpabilité évidente. La société qui l'entoure, moralisatrice a trouvé le coupable idéal quitte à le détruire...
Car ce qui intéresse l'auteur (et son lecteur) c'est comment ressort-on d'une erreur judiciaire ? quel avenir, quel après ?
 Le livre a reçu le prix Goncourt du 1er roman, j’approuve! Tant pis pour ceux qui reprochent à l'auteur une intrigue vue et revue. Ne boudons pas notre plaisir : c'est habile, haletant (la partie en prison assortie de tests psychologiques est suffocante) et le regard sur notre société de préjugés et de certitudes est troublant.
Dévoré en quelques jours, je le recommande fortement.
NB: en version ePub pour ceux qui veulent :)